Mais, la condamnation de l'hérésie monophysite souligne un aspect de l'amour de Dieu qui lui est tout à fait propre. Certes,
ce rejet du monophysisme, tout comme le rejet du nestorianisme,
met en évidence l'amour absolu de Dieu, mais sous un angle différent. En effet, alors que le nestorianisme sous-entendait que Dieu n'aimait pas assez l'homme pour ne plus faire qu'un avec sa nature en Jésus Christ
(voir concile d'Ephèse, comme indiqué plus haut),
le monophysisme, lui, remet en cause le respect que Dieu montre à l'homme et à sa nature propre. Ainsi, dire comme la doctrine d'Eutychès que la nature divine a absorbé la nature humaine en la personne de Jésus Christ, c'est en fin de compte dénigrer la nature humaine et affirmer comme les religions inspirées du Bouddhisme et de l'Hindouisme que l'homme un jour
se fondra en la divinité et perdra son identité au profit de ce grand océan divin qu'est le Nirvana. Dieu nous promet-il une relation si dépersonnalisante ? Certes, non ! C'est ce que déclare haut et fort le concile de Chalcédoine à travers le pape Léon le Grand
(voir plus haut).
Dieu en Jésus Christ s'est uni à l'homme et à sa nature pour ne faire plus qu'un, mais dans le respect de notre identité, à la manière d'un homme et d'une femme qui s'unissent pour ne plus faire qu'un dans l'acte d'amour, tout en conservant leur identité et leur conscience. Oui, Dieu respecte notre liberté, notre sensibilité, il ne nous écrasera ni ne nous absorbera. C'est face à face en notre âme et conscience que nous nous unirons à Dieu, à l'image de l'union du Verbe divin à la nature humaine en la personne de Jésus Christ. A cet égard, 2 passages bibliques sont particulièrement éclairants ; tout d'abord, le fameux passage de Job, où Job dit cette parole ô combien inspirée :
Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant...c'est dans ma chair (= ma personnalité) que je contemplerai Dieu (Job 19, 25.26b). Ensuite, le Christ lui même nous donne une piste quand il affirme

qu'au Paradis, nous serons comme des Anges
(Matthieu 22, 30). A ce que je sache les anges sont des
personnes doués de liberté, puisque les démons, Satan en tête, ont eu la liberté de rejeter Dieu. Nous connaissons d'ailleurs le nom de certains anges (Raphaël, Michel, Gabriel), preuve s'il en est, que les anges ont bien une personnalité, justifiant l'emploi d'un nom
PROPRE.
N'en doutons pas, c'est dans le respect de nos personnes que Dieu veut s'unir à nous. Le concile de Chalcédoine par son refus du monophysisme ne dit pas autre chose. Autre conséquence de cette reconnaissance de notre liberté par Dieu, le respect que nous devons à chaque être humain, à l'image de ce que Dieu fait lui-même.
Enfin, dire que Jésus est aussi pleinement homme, c'est montrer quel amour
Dieu a pour nous, il a,
en Jésus Christ, voulu véritablement partager notre condition, nos soucis, nos fatigues, nos découragements, etc... Oui, Dieu n'a pas triché, il a accepté en Jésus Christ nos faiblesses et nos limitations, avec toutes les conséquences que cela implique, le respect absolu de notre liberté si souvent mal utilisée étant la première conséquence de toutes. A ceci, certains objecteront que Jésus fit des miracles, certes, mais avec le soutien de notre liberté et de notre foi. Il était fatigué, il avouait d'ailleurs ne pas tout savoir, à l'image des hommes
(Matthieu 24, 33-36). Quelles implications pour nous dans le quotidien ?

D'abord,
Jésus est notre ami, il peut être notre confident, il a connu et connaît nos problèmes par expérience (cf. Hébreux 4, 11-15 + 5, 7-9). Il veut se faire proche et nous respecte. Nous pouvons donc faire confiance à sa direction, il ne nous écrasera jamais, il tient compte de nos limites, il nous connaît bien, alors, même si la route est dure, croyons toujours que Dieu en son Fils ne nous éprouve pas gratuitement (cf. 1 Corinthiens 10, 13). Il y a donc toujours un sens à ce que nous traversons.
Deuxièmement,
ce respect de Dieu pour notre nature et notre liberté, tel que nous le voyons dans la définition
orthodoxe de l'union des deux natures divine et humaine en Jésus Christ,
doit nous apprendre la patience, tout simplement parce qu'elle donne un sens aux 'lenteurs de Dieu' à agir. Ah, si seulement Dieu pouvait agir tout de suite, exaucer nos prières immédiatement. Oui, mais...
Si Dieu acceptait d'utiliser sa puissance sans retenue, sans tenir compte de nos réticences inhérentes à notre liberté de dire non, alors, nous aurions un Dieu qui nous absorbe, qui nous écrase. Dans ce cas, en Jésus Christ le divin aurait avalé l'humain, pauvres de nous, nous n'existerions même plus !
Bien sûr, cela ne veut pas dire que Dieu n'agit pas, ou n'exauce pas nos prières, mais, il le fait dans le temps. Le résultat en est plus profond puisqu'il obtient l'assentiment plein et entier de l'homme libre. Que vaudrait en effet, le 'oui' d'une personne aimée s'il était obtenu sous la contrainte !
Patience donc, Dieu exauce nos prières, il agit pour nous, pour nos frères, mais dans le respect de nos libertés. Les barrières érigées par nos 'non' dits plus ou moins librement tomberont avec le temps, le temps que nos consciences ou celles des autres soient enfin éclairées dans le respect de nos libertés ; Dieu y travaille discrètement dans le secret de nos coeurs libres.
En conclusion, disons que