Après les promesses d'un avenir glorieux pour Jérusalem et son peuple (vision 3), Zacharie dans ce passage (visions 4 et 5) dévoile le moyen de leur accomplissement : le prêtre (le spirituel et la prière) et le gouverneur (le terrain de la vie et l'action).
Nous pouvons distinguer avec ces versets, comme pour les versets suivants d'ailleurs, deux niveaux d'interprétation :
- une interprétation qui s'arrête davantage sur la littéralité du texte biblique.
- une interprétation plus intérieure, voire psychologique en certains endroits.
Quand il y aura lieu de distinguer les deux niveaux d'interprétation, le changement d'interprétation sera signalé par le point rempli · pour l'interprétation dite 'littérale' (voir ci-dessus) et par le point non rempli ° pour l'interprétation dite 'intérieure' (voir ci-dessus). Quoiqu'il en soit, il est essentiel d'insister sur le fait que ces deux interprétations ne se contredisent en aucun cas, elles sont en réalité complémentaires. A bien y réfléchir, peut-il en aller autrement de commentaires bibliques qui se veulent inspirés par l'esprit de la Tradition de l'Eglise ?
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| L'Ange du Seigneur |
Remarquons d'abord que Josué se tient
debout devant Dieu. N'oublions jamais que la gloire de Dieu, c'est précisément l'homme debout et libre de ses choix. Il est ensuite utile de préciser que l'ange du Seigneur dans l'Ancien Testament n'est souvent qu'un simple synonyme de Dieu. Cette expression est utilisée pour deux raisons principales :
- la réticence qu'ont les Juifs à prononcer le nom de Dieu. Ainsi, dans le livre des Maccabbées, le nom de Dieu est fréquemment remplacé par le mot Ciel, tout comme à certains endroits de St Matthieu. Rappelons aussi le fameux combat entre Jacob et l'ange, où à la fin du combat, Jacob se rend compte qu'en fait d'ange, c'est bien avec Dieu qu'il s'est battu (Gn 32, 23-33). Bien évidemment, cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'anges, mais l'expression ange du Seigneur, pour sa part, joue ce rôle particulier de substitut au nom de Dieu. Le va-et-vient entre l'expression ange du Seigneur et le mot Dieu ou Seigneur se fait d'ailleurs plus visible quand l'ange du Seigneur dit à Satan : 'Que le Seigneur...' (verset 2). Il est fréquent dans l'Ancien Testament d'observer comme une hésitation entre une identification de l'ange du Seigneur au Seigneur lui-même ou bien au contraire une identification de l'ange du Seigneur à un simple ange ; prenez par exemple le passage du sacrifice d'Isaac (Gn 22, 15-16), où l'ange du Seigneur jure par lui-même, comme s'il était Dieu. Vous pouvez aussi vous reporter au célèbre passage de la révélation que Dieu fait de son nom à Moïse, où l'Ange du Seigneur n'est autre que le Seigneur lui-même (cf. Exode 3, 1-15)
- En fait, et c'est la deuxième raison, cette nécessité qu'a la Bible de faire apparaître Dieu sous forme d'ange, et ce même dans une vision, a pour but de souligner la transcendance de Dieu qui ne peut que prendre une forme 'atténuée' pour être vu des hommes, c'est également de la part de Dieu une intention de se mettre plus à la
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Jésus, Fils de Dieu, dominant Satan |
portée des hommes, intention qui trouvera son sommet dans l'Incarnation. Notons tout de même que malgré cette 'atténuation', Dieu est présenté comme bien supérieur à Satan. D'abord, Satan se tient en face de Dieu, et non à ses côtés, ce qui signifierait l'égalité. Il est en face de Dieu, tout comme Josué le grand-prêtre, à la droite duquel il se tient. En définitive, l'homme et Satan ne sont que des créatures, qui ont des comptes à rendre à Dieu, d'où leur position en face de Dieu, un peu à la manière d'un tribunal. Remarquons également que dans le texte le nom Satan est associé deux fois à l'article défini
le Satan se tenait / dit au Satan ; avant d'être un nom propre, c'est donc un nom commun, ce qui est une autre façon de mettre en relief la qualité de créature de Satan.
Satan, en hébreu, faut-il le préciser, est d'abord un nom commun désignant l'accusateur auprès d'un tribunal, ce n'est que par la suite que ce terme en viendra à désigner l'adversaire de Dieu par excellence. Ce rôle d'accusateur (de Satan), c'est justement le rôle que l'ange déchu tient dans ce texte. Le diable, dans ce texte, mérite plus que jamais le titre de
Satan !
Que déduire de tout ceci ? Eh bien, un grand espoir. Beaucoup de mouvements religieux dans l'histoire des hommes ont affirmé l'existence d'un dieu du mal et d'un dieu du bien (cf. Zaratoustra, les cathares, les manichéens, etc...). Cette tendance à faire du mal le pendant du bien se retrouve d'ailleurs aujourd'hui dans de nombreuses sectes d'inspiration New Age ou orientale. Mais, si le mal n'est que la face opposée du bien, qui me garantit la victoire du bien sur le mal, nous voilà plutôt en présence de deux forces d'égale puissance. Zacharie, nous affirme, le contraire, dans ce texte inspiré. Satan n'est qu'une créature qui aura des comptes à rendre à Dieu, qui lui se situe bien au-delà de toute créature, puisqu'il est obligé de prendre une forme atténuée (cf. l'ange du Seigneur) pour être 'vu'. Dieu triomphera du mal et de tout son funeste cortège de malheurs et de tristesses, c'est une certitude qui traverse la Bible de part en part en passant, notamment, par ce texte.
· Josué, le grand prêtre, comparaît devant Dieu, debout, rappelons-le. C'est donc en homme libre et responsable qu'il comparaît devant Dieu. Josué, parce qu'il est grand prêtre, symbolise le croyant. Il est appelé à comparaître pour quelque manquement. Que l'on veuille bien se souvenir de l'histoire de l'exil (cf. page 1, l'introduction au livre de Zacharie). Israël était parti en exil du fait même de ses manquements à Dieu. Ce ne fut qu'après une longue période de pénitence et de prise de conscience de leur péché (l'exil) que les israélites purent retourner sur leur terre (cf. un tison arraché au feu). Ce mouvement de retour à Dieu (retour d'exil) se trouve représenter d'une manière saisissante dans cette vision de Josué.
Si l'on s'intéresse maintenant à l'attitude de Josué, on ne peut manquer de voir sa honte, honte, que Satan se fait un plaisir d'attiser (Satan se tenait à sa droite pour l'accuser). Il est très important de souligner ce passage du texte dans lequel Satan, l'accusateur, le culpabilisateur, est sommé de se taire. Et dire que trop longtemps, bien trop longtemps, la religion chrétienne a été présentée comme une religion de la culpabilité ! Certes la reconnaissance de son péché est nécessaire, vitale, devrais-je dire, mais, elle ne doit pas déboucher sur une culpabilité stérilisante, mais bien plutôt sur une repentance libératrice. Dieu est un Dieu libérateur, celui qui libère de l'esclavage les Hébreux, par exemple. Insistons de nouveau sur le fait que Josué se tient debout devant Dieu. Dieu, il est vrai, nous pardonne et, ce faisant, nous libère de tous remords inhibiteurs, mais, il nous respecte trop pour nous déresponsabiliser. Ces versets nous sont également un rappel que pour être vraiment pardonné, il faut savoir reconnaître pleinement son péché.
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| Pourquoi culpabiliser ? |
C'est à la mesure de la prise de conscience de la gravité de notre péché que nous pourrons goûter la grandeur de l'amour de Dieu, qui par son pardon nous offre un nouveau départ libérateur. Jésus ne dit pas autre chose en Luc 7, 36- 50.
Pourquoi culpabiliser ? N'est-ce pas en fin de compte un manque de foi, et donc, d'amour envers Dieu ? Comment peut-on douter de la miséricorde vivifiante du Seigneur, alors que face à Satan et au mal, il prend parti pour Jérusalem (cf. verset 2) ? Jérusalem, c'est l'humanité, que Dieu aime, l'humanité que Dieu a épousée aux noces de la Croix. C'est aussi notre âme, épouse chérie du Dieu créateur. Cessons alors de nous faire une fausse image (= une idole) de Dieu et de la religion, une image paralysante qui voudrait nous faire croire qu'être un homme religieux se résume à battre sa coulpe à longueur de journée. Dieu est le Dieu des vivants (Mt 22, 32), de ceux qui ne regardent pas en arrière (Luc 9, 57-62) ! Il est le Seigneur qui arrache le tison que nous sommes au feu de la culpabilité, qui peut se transformer en un véritable enfer. Faisons donc une bonne fois pour toute la distinction entre la culpabilité et le remords, d'un côté, et la conversion de l'autre. Les premiers sont synonymes de
prison, d'enfermement, de mort, alors que la seconde ne veut pas dire autre chose que
nouveau départ, mise en mouvement, vie.
° Josué est représenté comme un tison arraché au feu. N'est-ce pas ici une façon d'insister sur sa fragilité et sa petitesse ? Ce Josué est d'autant plus fragile et petit qu'il est soumis à une pression toute particulière du fait des accusations de Satan. C'est un peu comme si celui-ci essayait de le tuer dans l'oeuf. Ce qui le sauve, l'arrache au feu, c'est que Dieu se prononce pour lui (cf. le choix de Dieu de Jérusalem). Cette présentation de Josué en ces termes prend un tour nouveau si l'on veut bien se souvenir que Dieu respecte notre liberté et que, par conséquent, il se refuse à intervenir dans la vie des autres ou dans la nôtre sans notre consentement plein et entier. C'est bien ce qui explique que Dieu va d'abord travailler dans l'inconscient des personnes, en toute discrétion et patience, pour faire mûrir notre accord, qui se doit, lui, d'être conscient. C'est un peu comme si Dieu plantait une graine, puis l'arrosait de sa grâce pour la faire germer en terre (= travail dans
l'inconscient). L'apparition de la plante au grand jour, en fin de germination, représente, dans ce cas, la prise de conscience de l'action amoureuse et respectueuse de Dieu dans nos vies (Marc 4, 26-32). C'est donc par petites touches amoureuses que Dieu travaille, sans brusquer, à l'opposé de l'usage de la force. Dieu est si respectueux de la liberté humaine que pour qu'il arrose la plante de sa grâce, il lui faut la prière libre d'un autre être humain (= prière d'intercession) ou notre propre prière pour nous-mêmes (prière de demande), comme nous le verrons au chapitre 4. Josué ne symbolise pas autre chose que cette présence discrète de Dieu en nous, cette ouverture chez nous à la présence et à l'action divine. Elle est bien fragile et fortement menacée par le mal si ancré en nous. Ce Josué est dans le feu de nos pensées idolâtres, il est la graine étouffée par les soucis et les plaisirs du monde (Marc 4, 7 + 18-19). Mais prenons courage, Dieu nous promet ici d'arracher Josué du feu. Prions pour nos frères et aimons-les, la graine, représentée par Josué, finira par germer, nos frères finirons par découvrir Dieu. De même, ne baissons pas les bras, Dieu finira par nous exaucer et nous libérer de tout ce qui nous sépare de lui (= péché). Nos problèmes et nos malheurs disparaîtrons alors d'eux-mêmes. Les circonstances extérieures se modifieront à la mesure de notre libération intérieure, fruit de notre prise de conscience de la nécessité d'acquiescer à la volonté de Dieu dans tel ou tel domaine de notre vie. Cette prise de conscience, cet arrachage du tison au feu, n'interviendra souvent qu'après un lent travail préparatoire dans notre inconscient. Le but de ce travail préparatoire est de faciliter notre acceptation consciente de la volonté de Dieu dans les aspects de nos vies qui étaient précisément les causes de nos problèmes et constituaient les sujets de nos prières de demande.
Confiance, persévérons dans la prière et l'amour. Josué ne sera pas vaincu par Satan, nos prières seront exaucées nous dit l'ange du Seigneur : Que le Seigneur te réduise au silence...lui qui a choisi Jérusalem. Dieu ne laissera pas le petit germe divin que représente Josué étouffer sous le poids des obstacles que le monde dresse en nos frères ou en nous-mêmes pour empêcher la présence et l'action divine de s'épanouir.

Nous avons avec ces versets une vision saisissante de ce que peut représenter le pardon de Dieu. Comme il a été dit plus haut, la religion chrétienne n'est en rien une religion morbide et doloriste embourbée dans une culpabilité étouffante. Le pardon de Dieu est au contraire associé à des
habits de fête (verset 4). Est-ce bien ainsi que nous concevons notre foi : une fête perpétuelle ? (cf. Phil 4, 4) Comment pourrait-il en être autrement quand on a pour ami le maître de l'univers ? Pourquoi s'inquiéter ? Pourquoi stresser ? Notre ami, qui n'est autre que le Dieu de l'univers, nous a promis de nous aimer et donc de nous aider (cf. Mt 6, 25-34). Pourrait-il y avoir meilleur réconfort ? Nous, chrétiens, sommes invités par Dieu à revêtir l'homme nouveau qui n'est autre que le Christ (cf Ep 4, 24 ; Ga 3, 27 + Mt 22, 11-14). Remarquons également que ces habits de fête sont bien synonymes de
nouveau départ, de
remise debout ; cela est évident avec le turban posé sur la tête de Josué. Ce turban montre en effet que les habits de fête dont parle le texte sont en fait les habits du grand prêtre. Josué est ici réintroduit dans son rôle de grand prêtre malgré ses manquements (= les manquements du peuple d'Israël). Nous aussi, nous ne devons pas perdre de vue que nos péchés, bien qu'ils nous disqualifient temporairement aux yeux des autres, ne sauraient nous priver de notre dignité de chrétiens qui consiste précisément à être prêtre du Très-Haut (1 P 2). Nous avons beau pécher, le Seigneur nous renouvellera toujours sa confiance, à condition bien sûr que nous retournions vers lui en reconnaissant notre péché, à l'instar de Josué, tout honteux dans ses habits sales (= le péché). Dieu nous confie la mission extraordinaire d'être ses témoins, malgré nos faiblesses. Que cela, au lieu de nous inhiber, nous encourage au zèle du témoignage, zèle qui doit être nourri et inspiré par la prière. Quant au témoignage, il doit se faire respectueux d'autrui et de ses réticences (à l'image du travail discret de Dieu, voir versets 1-2), c'est bien pourquoi ce témoigne doit d'abord être témoignage d'amour en actes avant de passer par la parole.
Notre Dieu
est notre Ami (Jn 15, 14-15), il se réjouit de notre renaissance, c'est exactement ce que veut dire la fin du verset 5 :
Et l'ange du Seigneur (= le Seigneur, ici) se tenait là. Le Seigneur
assiste donc à cette cérémonie de pardon et d'intronisation dans notre rôle de prêtre, il se réjouit de nous voir à nouveau debout.
Pour conclure sur l'interprétation dite 'littérale' de ces versets, je ne peux m'empêcher de vous renvoyer à la fameuse parabole de l'enfant prodigue (Luc 15, 11-32), qui, à la lumière de ce texte, apparaît, d'une façon singulière, comme un équivalent néo-testamentaire en parabole des versets 3-5, jusque dans les habits de fête (Luc 15, 22) ! Oui, vraiment, notre Dieu est le Dieu de la joie. Puissions-nous nous laisser inonder par la joie divine, car souvenons-nous bien que notre Seigneur, l'Homme des douleurs, a souffert pour nous donner sa joie de Fils de Dieu, cette joie de la résurrection, qui constitue le meilleur témoignage possible. Prions pour cette joie que Dieu seul peut nous donner, joie qui ne dépend en aucun cas des circonstances extérieures, mais bien de notre union intime et intérieure avec Jésus. Que notre foi soit pour nous comme des habits de fête, que nous avons pour ainsi dire revêtus le jour de notre baptême (ou de notre conversion si nous avons expérimenté un retour ou un passage à la foi).
° Souvenons-nous de ce que nous avons dit du travail de Dieu dans l'inconscient de la personne. Avons-nous seulement conscience de ce travail de l'Esprit dans les personnes, même les plus hostiles à Dieu ? Sommes-nous réellement persuadés que Dieu nous a donné un pouvoir extraordinaire en nous donnant la prière ? C'est le moment de prendre la Parole de Dieu au sérieux. Si nous croyons vraiment que notre prière appuie et accélère le travail de la grâce de Dieu en les personnes pour qui nous prions ou en nous-mêmes, alors, nous aurons le bonheur de voir, chez les personnes objets de notre intercession, leurs habits sales enlevés pour être remplacés par des habits de fête. C'est finalement ce que l'on peut appeler la conversion. Sommes-nous convaincus que la conversion des personnes pour qui nous prions et que nous nous efforçons d'aimer en paroles et en actes est plus qu'une vague possibilité ? Nous sommes alors invités, comme l'ange du Seigneur qui se tenait là, à nous réjouir à la vue de la conversion de nos frères. Certes, la conversion d'une personne ne se fait pas en un jour, il faut parfois des années de prière et d'amour, mais, ce passage doit nous être un réconfort et un encouragement. Il nous fait assister 'en direct' à ce qu'est une conversion, c'est à dire à la prise de conscience du travail que Dieu a fait dans notre
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Sommes-nous convaincus du pouvoir de l'intercession ? |
inconscient jusqu'au moment où ce travail nous est apparu consciemment. Nous
voyons en cette prise d'habit de Josué la conversion d'une personne. Par nos prières Dieu nous a donné le pouvoir, en nous associant au travail de sa grâce, de transformer la vie triste de nos frères (habits sales du péché) en une vie de fête (= habits de fête). Le croyons-nous vraiment ? Quel pouvoir, mais aussi quelle responsabilité avons-nous de pouvoir offrir à nos frères le bonheur en leur offrant la prise de conscience de la présence amoureuse du Seigneur ! Sommes-nous pleinement conscient de cette responsabilité qui nous incombe (cf. Jn 20, 22-23 où Jésus nous donne le pouvoir de retenir les péchés de nos frères ou de leur remettre leur péchés) ? Si nous ne prions pas pour tel ou tel frère, nous le privons de ses habits de fête, que le Seigneur brûle de lui donner, mais qu'il ne peut lui donner qu'en respectant sa liberté d'homme ; c'est bien pour cela qu'il veut passer par nous, c'est par les hommes priant les uns pour les autres que doit passer la grâce de Dieu, ainsi, la liberté humaine est respectée, c'est d'ailleurs pourquoi, soit dit en passant, l'Incarnation était nécessaire. Il fallait un homme qui pourrait vivre parfaitement et librement son obéissance à Dieu pour permettre à celui-ci d'offrir le salut à l'humanité tout entière (Romains 5, 12-19). Ainsi, Dieu l'a-t-il voulu dans sa sagesse. Le Dieu de Jésus Christ est ce Dieu qui veut se donner librement et être reçu librement, en d'autres termes, le moyen que Dieu veut utiliser pour sauver c'est l'amour, qui ne peut être que respectueux de la liberté de celui qu'il veut aimer (c'est tout le sens de la communion entre le Père et le Fils, et par le Fils, entre Dieu et nous). Dans ce contexte, nous comprenons mieux notre responsabilité et notre pouvoir en tant qu'être humain. Il nous a été donné d'accompagner, de prolonger, d'appuyer, de dynamiser et d'accélérer le travail de la grâce divine en nos frères. En priant pour telle ou telle personne, nous contribuons de manière décisive à la prise de conscience de cette personne du fait que Dieu existe et qu'il l'aime. Nous accompagnons, par là même, son
oui conscient à l'action de Dieu. A bien y regarder, c'est tout le sens de l'intercession de Marie pour les jeunes mariés aux noces de Cana. Elle force la main à Jésus, en quelque sorte, elle accélère l'intervention divine (Jean 2, 1-11). Marie est le symbole de cette humanité aimante et priante qui accompagne l'action du Christ.
Ce qui vient d'être dit de l'intercession est aussi valable pour la prière de demande que nous faisons pour nous-mêmes. En priant pour un aspect particulier de notre vie, nous accompagnons et accélérons sa transformation. Là aussi, il nous faut bien être convaincu de l'exaucement de nos prières. Dieu finira par revêtir notre péché d'habits de fête. Certes, il faut parfois du temps, et l'exaucement n'est pas toujours celui auquel nous nous attendions, mais soyons-en sûrs, il est le meilleur exaucement possible pour nous.
Notons enfin que cette prise de conscience de la présence amoureuse de Dieu en nous débouche sur la prise d'habit de prêtre (habits de fête et turban). La conversion d'un frère ou la transformation d'une zone d'ombre dans notre vie nous qualifie, ou qualifie le frère, dans le cas d'une conversion, pour être prêtre. Nous devons en effet transmettre ce que nous avons reçu par la prière, accompagnée de notre action aimante et patiente, et parfois, quand les circonstances ont suffisamment mûri, par le témoignage verbal. Le chrétien ne garde pas pour lui ce qu'il a reçu, il doit le transmettre (Mt 5, 13-16), c'est cela être prêtre, à l'image de Josué.
Nous allons maintenant nous attarder sur le verset 7. Ce verset est la continuation logique des versets précédents. En effet, après avoir insisté, notamment dans l'interprétation dite 'intérieure' (cf
°), sur le travail discret de Dieu dans l'inconscient des personnes - un travail qui se veut discret par délicatesse toute respectueuse de la liberté humaine -, nous avons avec ce verset une présentation de ce que doit être la vie nouvelle (2 Co 5, 17), une fois la prise de conscience de la présence de Dieu dans nos vies réalisée. Maintenant que le choix libre a été fait chez Josué (c'est à dire chez le nouveau croyant) de suivre Dieu, la première action concrète qui se doit d'être prise c'est de suivre les commandements de Dieu (
marcher dans les chemins de Dieu, garder ses commandements). Nous passons, en quelque sorte, d'une vie vécue pour nous-mêmes à une vie dont l'axe principal va devenir notre
coopération librement consentie avec le Seigneur
(cf. le turban, v 5 = notre prêtrise, notre mission). Dieu veut faire de nous des pêcheurs d'hommes (Marc 1, l6-17), des ouvriers de sa vigne (Mt 9, 37-38 ; Mt 20, 1-6). Remarquons ici la bonté de Dieu qui après nous avoir enlevé nos habits sales et nous avoir revêtus d'habits de fête nous confie la noble mission de devenir des portes de la grâce. Librement, en suivant Dieu, nous sommes appelés à coopérer avec Lui en offrant notre liberté pour que d'autres hommes puissent bénéficier de la grâce de Dieu, une grâce qui dans un premier temps va travailler dans l'inconscient de nos frères. Car ne l'oublions pas,
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La prière est épaulée par notre amour envers nos frères |
Dieu ne veut pas sauver l'homme sans l'homme, c'est donc par le chemin de notre liberté respectée que Dieu veut passer, c'est la raison pour laquelle ce chemin passe par des hommes qui offrent leur liberté pour que d'autres hommes puissent bénéficier de la grâce de la conversion, c'est tout le sens de la prière d'intercession. Voilà pourquoi cette coopération, cette marche sur le chemin de Dieu, appelle notre prière pour nos frères non croyants ou mal croyants. Cette prière se trouvera comme épaulée par notre obéissance aux commandements de Dieu, une obéissance qui trouve son aboutissement dans l'amour de nos frères. Ce faisant, nous amènerons des hommes à Dieu.
En résumé, Dieu nous fait passer d'un état misérable (habits sales = déchéance, tristesse, dépression, etc...) à une vie qui a un sens. Dieu, par cette noble mission de coopérer avec Lui, nous remet debout. En fait, il nous 'anoblit' par la confiance qu'il place en nous. Cet anoblissement va d'ailleurs très loin, c'est ainsi que Dieu, après notre conversion, nous confie sa maison (toi-même tu gouverneras ma maison, tu veilleras sur mes parvis). Sommes-nous conscients de cette responsabilité que nous avons de veiller sur les parvis du Seigneur, de faire vivre la maison de Dieu, qui n'est autre que l'Eglise ? L'Eglise, c'est nous, nous en sommes responsables ! Trop souvent, nous avons tendance à penser que l'Eglise se résume au Pape, aux évêques et aux prêtres. L'Eglise est en réalité présente là où se trouve un chrétien quel que soit son statut. Je rends présent l'Eglise par ma présence sur mon lieu de travail, dans mes loisirs, etc... Je rends présente l'Eglise dans le coeur de mes frères par ma prière. Grâce à ma prière et mon amour pour eux, Dieu agit en eux, l'Eglise est donc vivante en eux. Précisons que la maison de Dieu est bien l'Eglise, mais c'est aussi le monde. Dieu nous demande de gouverner le monde. Quel titre de noblesse ! Gouverner le monde, c'est faire jouer notre influence de roi (Rm 8, 17) dans ce pauvre monde déboussolé. Cette influence, c'est comme nous l'avons déjà dit, de rendre présente l'Eglise, et donc le Christ lui-même, par la prière et l'amour.
Enfin, remarquons que cette action de coopération consciente à l'oeuvre de Dieu peut s'appliquer à l'exaucement de prières que nous faisons par rapport à nous-mêmes. En effet, une fois que nous avons pris conscience de l'action de Dieu dans telle ou telle zone d'ombre de nos vies, nous sommes appelés à y remédier en coopération avec Dieu. Les prières que nous faisons pour nous-mêmes n'ont pas d'autre but que de permettre à Dieu d'éclairer nos consciences sur la nécessité d'une plus grande coopération à son oeuvre de grâce dans des aspects 'défaillants' de nos vies. Ainsi, par cette coopération libre à l'oeuvre de Dieu en nous - résultat de cette prise de conscience obtenue par nos prières - nous accélérons et facilitons l'exaucement de nos prières, le règlement effectif de nos problèmes, etc...
Une ultime remarque qui devrait nous encourager à accepter la volonté de Dieu pour nous, il est si fréquent que nous soyons réticents à suivre les commandements de Dieu, pensant qu'ils ne sont pas synonymes de bonheur. Ces commandements sont en fait vus comme des obstacles à notre épanouissement, alors, souvenons-nous bien qu'ils sont, bien au contraire, le signe de notre nouvelle vie, le prolongement de notre renaissance et donc le chemin vers le bonheur (cf. marcher dans les chemins de Dieu, v 7 ; les habits de fête, v 4 + Dt 30, 15-20).
La fin du verset 7 est le prolongement de la dignité que Dieu veut nous confier. Dieu nous confie une mission en nous demandant notre coopération, ce qui est déjà merveilleux. Mais, Dieu nous promet aussi de nous faire accéder au rang de ceux qui se tiennent ici. Quel est cet ici ? N'oublions pas que Josué a une vision où il voit l'Ange du Seigneur. Or l'Ange du Seigneur, en fait le Seigneur, est entouré d'une cour céleste (les anges, cf. Job 2, 1 ; 38, 4-7 ; Mt 18, 10), cet ici est en réalité la promesse du Ciel. Dieu nous réhabilite en cette vie et, par là, nous offre le bonheur dès cette vie, mais, son amour va plus loin ; à l'image des anges, il nous veut près de lui pour l'éternité (le Ciel).
Ici, c'est l'Eglise du Ciel : les Anges, les Saints, etc..., mais c'est également l'Eglise ici-bas. Si nous lisons ce verset en profondeur, nous nous apercevons donc que l'Eglise de la terre est bien un avant goût de l'Eglise du Ciel. Sommes-nous fiers d'appartenir à l'Eglise, c'est à dire la famille des chrétiens ? Sommes-nous fiers de la servir, de veiller sur ses parvis, en un mot de la faire vivre (cf. plus haut à propos de la rendre présente dans le monde) ? Trop souvent, il faut bien l'admettre, nous la jugeons plus que nous la servons. Si nous essayons de la servir plutôt que de la juger, nous nous sentirons mieux dans l'Eglise, et, alors seulement, elle deviendra pour nous cet avant-goût de Paradis.
Rappelons-nous, pour terminer, qu'en servant Dieu, l'Eglise et le monde, nous coopérons à l'oeuvre du Ciel (l'oeuvre des anges, des saints et des bienheureux et du Christ lui-même + Col 1, 24 où il nous est montré qu'en coopérant à l'oeuvre du Christ, nous la complétons et l'achevons en la rendant présente et agissante là où nous sommes).
·Josué est invité à contempler ses collègues qui siègent devant lui. Par cette contemplation, Josué est en fait invité à prendre conscience de cette vérité : la conversion fait entrer dans une famille, c'est à dire l'Eglise. Qu'elle est vraie cette phrase :
un chrétien seul est un chrétien en danger de mort. A l'image de la Trinité, communion d'amour en Dieu, le chrétien est appelé à vivre sa foi en communion avec ses frères de la terre et du ciel (anges, saints, défunts du purgatoire, etc...). Cette vie fraternelle, ce service ou travail de coopération (d'où le terme de
collègues) en Eglise est un présage, un avant-goût de la communion des croyants au Ciel dans la contemplation de Dieu.
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| Transformer l'Eglise en la servant |
Il faut en conséquence changer notre regard sur l'Eglise et bien voir que bien qu'imparfaite, elle compte sur nous. Une famille est-elle parfaite ? Bien sûr que non ! Il n'en reste pas moins que nous aimons notre famille malgré ses défauts, faisons de même pour l'Eglise, notre famille spirituelle. Servons-la pour l'aider à tendre vers la perfection au lieu de, parfois, la juger négativement et la critiquer ouvertement, en agissant ainsi, nous ne contribuons certainement pas à son embellissement en vue de la perfection. Agissons à la manière d'un germe serviteur. Transformons-la modestement de l'intérieur, là où nous sommes, plutôt que de la juger de l'extérieur. De la sorte, nous aiderons à la victoire du Germe par excellence, qui n'est autre que le Christ lui-même, le messie.
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| L e
C h r i s t
f a i t
g e r m e r
d e s
d i s c i p l e s |
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° Josué est donc, comme nous l'avons dit, invité à 'remarquer' ses collègues, qui sont juste devant lui. Le terme collègues n'est pas innocent. Qu'est-ce qu'un collègue, fondamentalement, si ce n'est celui avec qui l'on travaille ? Aussi le collègue est-il une aide. En lui faisant porter son regard sur ses collègues, Dieu veut montrer à Josué qu'il n'est pas seul dans son combat pour l'avancée du Royaume en ce monde. D'autres hommes se sont tournés vers Dieu, d'autres sont arrivés à la prise de conscience de la présence divine en eux et autour d'eux. Ceci doit constituer un encouragement concernant nos prières pour la conversion de nos frères ou pour la conversion de zones d'ombre dans nos vies. Ces collègues sont aussi désignés comme présage, ils sont alors des signes de la victoire prochaine de Dieu. Nous sommes, par là, encouragés à porter un regard différent sur la réalité. Nos prières sont comme des germes semés dans le coeur de nos frères non-croyants ou dans nos propres coeurs, qui, sans cesse, sont appelés à la conversion. Ce faisant, nos prières soutenues par notre amour agissant sont des germes au sens où elles rendent possible l'enracinement du Germe messie, le Christ Jésus, qui, rappelons-le, travaille discrètement dans l'inconscient de nos frères non-croyant, une discrétion étendard de l'amour divin qui rime avec respect de la liberté humaine. Ce Germe-Jésus, c'est l'amour divin en action, un amour divin qui s'incarne et accepte de nous aimer jusqu'à la mort si le respect de notre liberté doit l'entraîner à de telles extrémités (extrémités que Jésus a dû assumer, soit dit en passant, il y a 2000 ans). Associer l'oeuvre du messie à l'image du germe, comme nous le voyons, n'est pas innocent, puisque cette association fait bien ressortir l'aspect discret et humble de l'oeuvre de Dieu telle qu'elle est exprimée par son Fils. Mais, ne l'oublions pas, un germe, une fois à maturité, devient imposant (cf. Mc 4, 2-20.26-32). De même, le germe de la présence purificatrice de Jésus est si humble, si petit dans le coeur du non croyant, mais, il se développe, planté et arrosé qu'il est par nos prières et notre amour du prochain. Il germe jusqu'à maturation, une maturation qui n'est rien d'autre que cette prise de conscience de la présence du Christ que l'on appelle aussi conversion. |
Quant aux collègues, ils sont collègues au sens où en tant que chrétiens ils collaborent à notre travail d'évangélisation. Ils sont également un présage et, par conséquent, un encouragement et une aide, dans la mesure où ils nous rappellent, comme nous venons de le dire, que la conversion est possible, eux-mêmes étant le signe visible que la prise de conscience de la présence du Christ dans une vie peut se produire.
Mais, ces collègues, qui sont aussi présage, ne sont pas nécessairement des êtres de chair et de sang, ils peuvent être des signes encourageants et avant-coureurs de victoire. Ainsi, quand nous prions et aimons nos frères non-croyants, ou quand nous prions pour nous-mêmes, l'exaucement, bien qu'il puissent sembler tarder, est en train de germer, et, bien souvent, les signes pointant vers l'exaucement ne manquent pas, ils sont comme ces collègues qui siègent devant Josué, ils sont en fait 'devant notre nez'. Il nous faut pourtant un regard affûté par la prière pour les distinguer. Prions pour les voir afin de ne pas perdre courage et de ne pas baisser les bras, alors que l'exaucement est là, ce n'est qu'une question de temps, à la mesure de notre foi et des réticences chez nous et / ou chez les personnes pour qui nous prions. Prions également pour comprendre que l'exaucement, parfois, tarde à venir, parce qu'il sera plus profond que ce que nous pensions.
 Le livre de la Liturgie des Heures | Enfin, les collègues, ce peut être tout ce qui aide à la prière, cet instrument de germination privilégié. En effet, grâce à notre prière persévérante et régulière, le Germe-Christ se développe en nos vies ou en la vie des personnes objets de notre intercession. Dans ce contexte, on peut aisément comprendre que tout ce qui favorise la régularité de la prière constitue une aide efficace. Ces moyens d'aide à la prière sont alors comme des collègues. Par aide ou support à la prière, on peut entendre quelque moyen que ce soit capable de soutenir notre volonté, notre concentration et notre persévérance ; citons, par exemple, la messe, la Liturgies des Heures, la méthode de prière de ce site, qui est à cet égard une aide excellente, ou bien encore le chapelet. |  Le chapelet |
·La pierre est selon toute vraisemblance une allusion au messie. Les 7 yeux, pour leur part, semblent symboliser l'intelligence infinie de Dieu, son omniscience, ils nous rappellent, par là, que Dieu voit tout et qu'il peut donc agir efficacement (rappelons que le chiffre 7 est signe de perfection dans la Bible). Le mot
pays est une référence claire à la terre d'Israël réinvestie par les Hébreux à leur retour d'exil.
En un seul jour peut se référer au Jour du Seigneur, maintes fois décrit dans la Bible (cf. Joël 1, 15ss, par exemple). Le Jour du Seigneur est alors synonyme de fin des temps, et pour nous chrétiens, de retour du Christ (la Parousie). Ce Jour a d'ailleurs été inauguré le Vendredi Saint, où la mort du Christ déchire le rideau du Temple (Mt 27, 51), signe qu'une nouvelle relation entre l'homme et Dieu a été instaurée.
Le verset 10 nous offre le figuier, à l'ombre duquel nous pouvons nous reposer. Le Christ n'est pas autre chose que ce havre de paix et de sérénité qui nous protège et nous purifie en son temps (cf. le verset 9 où le péché est éliminé en un seul jour). Ayons confiance, le Christ peut purifier nos zones d'ombre et celles de nos frères, alors pourquoi désespérer de nous-mêmes ou chercher vengeance. Le Seigneur peut mieux que nous transformer les coeurs, le nôtre, comme ceux de nos frères qui nous ont offensés. A cet égard, le pardon, ce n'est pas oublier, c'est bien plutôt laisser à Dieu le soin d'agir et de transformer ceux qui nous ont fait du mal
(cf. Rm 12, 20 où les charbons ardents ne sont en définitive que cet acte de foi qui consiste à laisser Dieu faire justice en aimant, bénissant et transformant nos ennemis), c'est d'ailleurs pourquoi nous sommes appelés à prier pour ceux qui nous persécutent, et comme notre amour doit soutenir notre prière, nous sommes aussi appelés à les aimer (Mt 5, 43-44). Dans cette perspective, le pardon n'est pas effort personnel, mais un acte de foi en la grâce agissante de Dieu.
° Ces versets sont une invitation à compter sur la grâce de Dieu plutôt que sur nos propres forces, qui ne sont là que comme appui à l'action divine qui est première et fondamentale. Par ces versets, nous sommes à nouveau invités à changer notre conception du service chrétien. Au vu de ce qui vient d'être dit, la prière est le moteur de notre espérance et de notre action. Aussi, dans ce contexte, l'action ne peut-elle être considérée que comme une coopération librement consentie à la volonté de Dieu, elle n'est qu'une continuation, un prolongement de la prière en vue de faciliter et d'accélérer l'exaucement. Oui, ces versets sont bien une exhortation à compter sur Dieu d'abord. En effet, Le texte nous dit que Dieu remet à Josué une pierre surmonté de sept yeux.
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| la Bible, une collection de livres qui forme UN TOUT |
Ici, nous voyons toute l'utilité qu'il y a de lire la Bible comme un tout où les passages s'éclairent les uns les autres. Car, ne l'oublions pas, la Bible a certes été écrite par une multiplicité d'auteurs, qui ont chacun contribué avec leurs talents propres à la rédaction du message inspiré, mais, il n'en reste pas moins que l'auteur en profondeur du message, c'est l'Esprit Saint (cf. 2 Pierre 1, 20-21). Par voie de conséquence, il est normal qu'un message biblique puisse en éclairer un autre, et c'est bien le cas ici. Nous disions, donc, que, en effet, la pierre surmontée de sept yeux était le signe de l'aide de Dieu promise directement et personnellement à Josué (d'où l'adjectif
unique, qui souligne bien l'aspect personnel, et je dirais, efficace de l'aide divine - que l'on pourrait qualifier de
'personnalisée'). Si on lit deux passages du Nouveau Testament on comprend mieux la symbolique du chiffre 7 qui signifie plénitude et perfection, et, c'est bien la raison pour laquelle le chiffre 7 est associé au Christ et à l'Esprit Saint en Apocalypse 5, 6
(Alors je vis, debout entre le trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau [= le Christ], comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre - on parle des 7 Esprits, pour signifier la perfection divine de l'Esprit Saint, 7 étant, comme nous venons de le dire, le signe de la perfection et de l'accomplissement, d'où le chiffre 7 pour la création. Le 7ème jour symbolise l'accomplissement et l'achèvement de l'oeuvre créatrice de Dieu, qui se repose satisfait de son travail, cf. Gn 2, 1-3). En donnant la pierre surmontée de 7 yeux, Dieu promet à Josué l'aide de son Fils et de l'Esprit, qui sont comme les deux mains du Père. Ainsi le Fils est la Parole de Dieu, son Verbe (Jn 1, 1), mais pour Dieu, il n'y a aucune différence entre la parole et les actes, il crée le monde par sa parole (
Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut, etc..., Gn 1). Le Fils est bien la Parole agissante de Dieu, le Fils est en fait l'agir de Dieu. L'Esprit, quant à lui, est l'amour du Père qui accompagne son Fils, qui accompagne donc l'agir et les actions divines (Dieu n'agit-il pas toujours par amour ?). En ce sens, on peut effectivement dire que le Fils et l'Esprit sont les deux mains par lesquelles le Père agit
(si vous voulez de plus amples informations sur la Trinité, cliquez ici)
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Si nous revenons à notre passage, le don de la pierre est la promesse de Dieu qu'il nous assistera, ce qui explique la passage suivant :
Moi-même je vais graver son inscription. Dieu,
lui-même, par son Fils et l'Esprit, s'occupe de nous. N'est-ce pas là un fantastique encouragement à la prière et à la persévérance. Les débuts de l'exaucement sont souvent aussi imperceptibles qu'un germe, mais, Dieu n'en agit pas moins, il nous le dit avec solennité et gravité (
oracle du Seigneur, le tout-puissant). Ce Dieu respectueux de nos libertés et de nos lenteurs est bien tout-puissant, mais de la puissance de l'amour. L'amour agit lentement mais sûrement, et pourrait-on ajouter, plus profondément.
Affirmer que Dieu agit lentement, mais sûrement ne signifie en aucun cas que l'exaucement tangible de nos prières est à renvoyer à un avenir distant, voire indéterminé. Le passage suivant (
et je vais éliminer le péché de ce pays en un seul jour) est là pour nous le rappeler. L'exaucement peut sembler lent à venir, du fait de l'action discrète et respectueuse de Dieu, mais une fois les temps mûris, les choses peuvent s'accélérer pour parfois donner l'impression que l'exaucement est comme tombé du ciel,
en un seul jour. Souvenons-nous que Dieu agit promptement, ce qui retarde son action, ce sont plutôt les réticences inconscientes
et conscientes de nos frères ou de nous-mêmes. Il n'en reste pas moins que Dieu agit dans le secret des coeurs efficacement jusqu'à la prise de conscience de sa présence, qui, elle, peut se faire en un seul jour (cf. ci-dessus : versets 3-5 ). Mais, il n'y a pas de
Deus ex machina, il ne faut jamais croire que Dieu intervient brusquement, de manière arbitraire pour punir ou forcer. Ayons bien présent à l'esprit que l'action discrète de Dieu dans le fond des coeurs demande toujours du temps, une longue préparation (c'est le prix à payer quand on veut respecter la liberté de l'être aimé), même si les apparences parfois paraissent montrer une action divine brusque, pour ne pas dire brutale (conversion apparemment inattendue, etc...). Je me souviens avoir lu dans un traité de prière qu'il y avait toujours à l'origine d'une conversion une personne en prière, comme cela est vrai. C'est pourquoi il nous faut vraiment remercier tous ces moines contemplatifs, tous ces chrétiens en prière (et donc beaucoup d'entre vous, chers internautes), sans eux le monde tournerait beaucoup moins rond, l'Eglise serait morte ! L'intercession d'Abraham pour Sodom et Gomorrhe, nous dit la Bible, aurait pu sauver ces deux villes, s'il c'était trouver ne serait-ce que 10 justes (cf. Gn 18, 16-33 - remarquons, que c'est Abraham qui s'arrêta à 10, et non pas Dieu, dont la miséricorde ne s'arrête qu'à la porte de nos réticences et de nos manques d'amour)! Et que dire de Moïse qui sauva, par son intercession, le peuple hébreu de la colère divine - comprenez des conséquences naturelles que l'idolâtrie aurait entraînées pour les Hébreux sans l'intervention aimante de Dieu (cf. Ex 32, 9-14).
Notons aussi que cette référence au péché éliminé du pays en un seul jour ne peut pas ne pas nous rappeler le Vendredi Saint où, en un seul jour, Jésus a pris sur lui le péché de l'humanité, clouant ainsi le mal sur la Croix (Col 2, 14).
Quant au verset 10, il nous dépeint ce qu'est un exaucement de prière selon le coeur de Dieu :
En ce jour-là
-oracle du Seigneur le tout-puissant-
vous vous inviterez mutuellement
sous la vigne et sous le figuier.
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Dieu sauve par l'amour |
Dieu prend son temps, le temps du respect de nos libertés et de nos réticences, avons-nous dit précédemment, et ce, pour un travail et un résultat plus en profondeur, avions-nous également ajouté. Le voici décrit cet exaucement débouchant sur des images de prospérité et de sécurité
(c'est traditionnellement ce qu'expriment la vigne et le figuier dans la Bible, cf. 1 R 5, 5 ; Mi 4, 4 ; 1 Mac 14, 12). Si, effectivement, nous faisons confiance à Dieu pour l'exaucement de nos prières, que ce soit pour nous ou pour nos frères, nous ne serons jamais déçus. Dieu agit toujours plus profondément, et donc plus efficacement, que nous. En conséquence, il faut accepter de travailler au rythme de Dieu, rythme qui n'est dicté que par l'amour et le respect d'autrui. Accepterons-nous d'avoir recours aux armes de Dieu - amour, foi, respect, douceur et prière (Ep 6, 11-18) - plutôt qu'aux armes des grands de ce monde - violence, force et contrainte (cf. Mc 10, 42-45) ? Si oui, l'exaucement sera bien au-delà de nos espérances, même si parfois il peut nous sembler, dans un premier temps, déroutant. Qui d'autre que Dieu peut changer les coeurs au point que les amis, comme les ennemis, s'invitent mutuellement sous la vigne et le figuier ? Que ce verset nous encourage à la patience et à la persévérance dans l'attente de l'exaucement divin. Prions et aimons, sûrs, par la foi, que Dieu travaille au plus profond des coeurs, nous préparant de merveilleuses surprises, d'admirables exaucements.
Pour terminer, ajoutons que le figuier peut aussi se référer à Jésus lui-même, qui nous procure paix et repos par sa grâce (
cf. Mt 11, 28-29 où Jésus nous offre le repos, à l'image de ce figuier à l'abri duquel nous trouverons le repos dans ce passage de Zacharie).